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Production de céréales dans le Brabant wallon : entre agrocarburants et alimentation.


Nous vivons aujourd’hui un moment de crise à l’heure du conflit ukrainien et de ses conséquences sur les prix de notre énergie. Mais il est une autre conséquence de ce conflit : la crise alimentaire, qui menace aujourd’hui de sous-nutrition des millions de personnes. Bien sûr, nous n’en sommes pas là en Belgique. Cependant, si la géopolitique actuelle doit nous faire prendre conscience de notre dépendance aux énergies fossiles, elle doit aussi nous rappeler que l’enjeu des céréales et de leur présence dans nos assiettes est un privilège bien récent que nous aurions tort de prendre pour acquis.


Voici pourquoi le groupe politique des Engagé.e.s a souhaité attirer l'attention du Collège provincial du Brabant wallon sur cette problématique.


 

Madame la Directrice générale,

Faisant application de l’article 36 du Règlement d’ordre intérieur du Conseil provincial, j’ai l’honneur de vous adresser la question écrite suivante, pour laquelle je souhaiterais une réponse écrite.


Le Brabant wallon, avec près de 60% de son territoire destiné à l’agriculture, est historiquement une terre nourricière. En temps normal, la production de céréales est telle qu’une partie est même destinée à d’autres usages, comme la production de polycombustibles. Un règlement provincial de 2007 octroie à ce sujet une prime à l’installation par les agriculteurs de chaudières à céréales[1]. Une belle idée mais qui, en ces temps de crise alimentaire, semble perdre en pertinence.


En effet, en son article 4, le règlement provincial prévoit que « les chaudières doivent fonctionner au minimum à partir de céréales et accessoirement à partir de matières premières renouvelables d’origine agricole"[2]. Ce règlement peut donc se lire comme une obligation d'utiliser systématiquement des céréales puisqu'on ne peut prendre qu'accessoirement des matières premières renouvelables d'origine agricole (pellets ou toutes autres matières ligno-cellulosiques). En outre, si on suit le règlement à la lettre, cela signifie qu'un agriculteur qui se contenterait plus qu'accessoirement de brûler des pellets ou d'autres matières premières précitées ne respecterait pas le règlement d'octroi de la prime et se placerait ainsi dans l'illégalité. Enfin, comme l'article 8 prévoit des visites sur place de vérification[3], l’agriculteur qui ne disposerait pas de céréales déclassées s'orienterait immanquablement vers ses autres céréales produites pour respecter le règlement.


Pourriez-vous me faire parvenir les données statistiques concernant cette subvention, notamment les montants octroyés par an depuis 2007 ainsi que le nombre de bénéficiaires par an depuis cette même année ?


De plus, alors que l’insécurité alimentaire mondiale fait peser de plus en plus d’incertitudes sur nos agriculteurs, ne conviendrait-il pas d’adapter ce règlement à la réalité de 2022 ? Par exemple, en encourageant spécifiquement le recours à des céréales inutilisables en matière d’alimentation humaine ou animale, voir à des matières premières non renouvelables d’origine agricole, comme les pellets ?


Je vous remercie.

[1] Geoffroy HERENS, « Du blé pour se chauffer moins cher », Bruxelles : La Libre Belgique, 14 juin 2007, https://www.lalibre.be/regions/brabant/2007/06/15/du-ble-pour-se-chauffer-moins-cher-V55HJTAY45DUXM4IYESQHMK6LM/, 13-09-2022, 13-09-2022. [2] Collège provincial du Brabant wallon, « Résolution portant règlement relatif à l’octroi d’une prime à l’installation de chaudières à céréales ou polycombustibles aux agriculteurs brabançons wallons », Wavre : Province du Brabant wallon, 31 mai 2007, https://www.brabantwallon.be/bw/files/files/public/agriculture/2015/reglementchaudieres.pdf, p.2 [3] Idem.

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